Une réforme fédérale inquiétante pour les patients et l’essor du secteur des sciences de la vie du Québec


Médicaments novateurs Canada (MNC) qui est la voix canadienne de l’industrie pharmaceutique innovatrice, œuvrant avec ses membres depuis 25 ans, en collaboration avec le gouvernement du Québec et les diverses parties prenantes dans le but d’apporter des solutions de santé innovantes à tous les patients et de faire du Québec un des leaders mondiaux en sciences de la vie

C’est dans cet esprit que MNC a encouragé le gouvernement du Québec à mettre en place les recommandations de son mémoire pré-budgétaire qui visent à générer des bénéfices pour les patients québécois en leur donnant accès plus rapidement aux plus hauts standards de traitements contribuer à l’atteinte des deux cibles de la Stratégie québécoise en sciences de la vie.

Les perspectives mondiales de croissance en termes de recherches pharmaceutiques sont encourageantes. À l’échelle mondiale, on compte plus de 7 000 médicaments en développement dans divers champs thérapeutiques et la R&D pharmaceutique mondiale offre un immense potentiel et devrait augmenter de 3% par année d’ici 2024 pour atteindre 213 milliards (USD) [1]

Le Québec possède plusieurs atouts pour profiter de ce contexte de croissance et d’innovation dont un environnement de recherche compétitif avec un secteur des sciences de la vie vibrant pouvant compter sur une forte présence de l’industrie pharmaceutique innovante.

L’empreinte économique de l’industrie pharmaceutique innovante au Québec est fort importante et structurante. En 2016, les membres de notre association ont généré au Québec [2] plus de 3,1 milliards $ en retombées économiques directes et près de 5 500 emplois directs à très haute valeur ajoutée [3]  avec d’importantes retombées indirectes par ses activités manufacturières, de recherche contractuelle, d’approvisionnement, et de distribution. L’équivalent de 1,7 emplois indirects sont créés par emploi direct [4]  et  pour chaque dollar investi un autre 0,59 $ est généré indirectement [5]. Les membres de notre association attirent respectivement, 50% et 40 % de leurs sièges sociaux et emplois canadiens au Québec. 

Si l’on combine les forces du secteur des sciences de la vie et les avancées que promet l’intelligence artificielle, un autre secteur clé du Québec, il y a là toute une occasion à saisir, pour autant que tous les acteurs travaillent ensemble et de façon cohérente.

Or, il demeure que la situation qui prévaut actuellement avec les réformes en cours au niveau fédéral et l’absence d’une approche cohérente entre toutes les parties impliquées à l’égard de notre secteur pourraient constituer un frein majeur. Nous assistons depuis les deux dernières années à une intensification de l’action du gouvernement fédéral en matière de médicaments dont dans des aspects qui nous apparaissent de juridiction provinciale.

À elles seules les modifications annoncées en août 2019 au Règlement sur les médicaments brevetés qui gouverne le Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés (CEPMB) et qui seront effectifs le 1er juillet prochain, limiteront l’accès des patients canadiens aux nouveaux médicaments novateurs et décourageront les investissements dans le secteur canadien des sciences de la vie.

Les propres études de cas du CEPMB indiquent que le Règlement modifié fera baisser les prix plafonds des médicaments de 70 %, affaiblissant ainsi l’analyse de rentabilité pour le lancement de nouveaux médicaments au Canada. Une étude récente d’EY confirme qu’il existe bel et bien une corrélation entre les conditions du marché en ce qui concerne les décisions mondiales de lancement de médicaments, contrairement aux déclarations de Santé Canada.

Selon un rapport de la firme PDCI à partir du projet de Règlement, l’estimation des pertes de revenu pour l’industrie biopharmaceutique du Canada serait de près de 42 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années; soit  bien au-delà du montant de 8,8 G$ estimé par le gouvernement fédéral. De plus, le Règlement aura également une incidence sur le processus décisionnel mondial en ce qui concerne le lancement d’essais cliniques au Canada.

MNC et ses compagnies membres, ainsi que des dizaines d’intervenants — y compris des gouvernements provinciaux dont le Québec, des organisations de défense des droits des patients, des pharmaciens, des chambres de commerce, des chercheurs et des organisations du secteur des sciences de la vie, telles Montréal InVivo et Bio Québec — ont demandé à plusieurs reprises au gouvernement de revoir son approche.

Les Lignes directrices récemment publiées  renforcent les préoccupations fondamentales de l’industrie et apportent des preuves supplémentaires que l’accès aux nouveaux médicaments, aux essais cliniques et aux investissements dans la recherche en santé sera considérablement réduit au Canada.IMC recueille des informations auprès des entreprises membres sur les impacts immédiats et prévus de la réglementation sur les lancements de médicaments, l'investissement, l'emploi et les décisions d'essais cliniques au Canada. Malheureusement des projets sont actuellement stoppés ou carrément annulés (ex : lancements de médicaments, essais cliniques).

Compte tenu du délai serré pour la mise en œuvre de la nouvelle réglementation (1er juillet 2020) et des impacts néfastes sur les patients et le secteur des sciences de la vie, l'industrie demande d'urgence la suspension immédiate et la réévaluation des modifications réglementaires du CEPMB.

La présence d’un secteur vibrant en recherche pharmaceutique au Québec s’est façonnée progressivement au cours des 30 dernières années notamment grâce à des politiques publiques fédérales et provinciales équilibrées et cohérentes.  Or, la réforme en cours du CEPMB compromet sérieusement la pérennité et la viabilité de ce secteur névralgique du Canada principalement présent en Ontario et au Québec. Il importe d’agir avec vigilance, bienveillance et une vision à long terme pour ne pas déconstruire ce positionnement du Canada et du Québec et assurer aux patients un accès rapide aux innovations pharmaceutiques.

MNC s’efforce à sensibiliser l’ensemble des membres de MNC pour mitiger les risques au Québec considérant son approche collaborative et sa vision en matière de sciences de la vie et à élaborer des mesures permettant de distinguer le Québec.

[1] Statisca.com

[2] Rapport EY 2017 pour Médicaments novateurs Canada

[3] Rapport EY 2017 pour Médicaments novateurs Canada

[4] Analyse KPMG 2014 – données Statistique Canada

[5] Rapport EY 2017 pour Médicaments novateurs Canada