Après Moderna, une autre pharma reçoit 25 millions de Québec


Après Moderna le mois dernier, c’est au tour de Pharmascience d’obtenir 25 millions du gouvernement Legault afin de tripler la capacité de production de son usine de médicaments située à Candiac, en banlieue sud de Montréal. La société pharmaceutique québécoise a également frappé à la porte d’Ottawa pour obtenir du financement.

Attribué par l’entremise d’Investissement Québec (IQ), ce prêt-subvention (« prêt pardonnable ») avait obtenu l’assentiment du Conseil des ministres avant le déclenchement de la campagne électorale. Les détails ont cependant été dévoilés mercredi.

Il n’a pas été possible de s’entretenir avec un représentant de Pharmascience, qui se présente comme le plus « grand employeur pharmaceutique au Québec » avec plus de 1200 employés dans la province et 300 autres ailleurs dans le monde. L’entreprise fondée en 1983 a fourni quelques détails à La Presse par courriel.

« Pharmascience disposerait des leviers nécessaires pour travailler avec les administrations fédérales et provinciales en vue de renforcer la Réserve stratégique nationale d’urgence pour les médicaments injectables essentiels, ainsi que pour les formes posologiques orales solides », a-t-elle souligné.

La pharmaceutique n’a pas précisé l’ampleur de son investissement. Cependant, il est rare que la contribution financière d’IQ soit supérieure à une fourchette allant de 20 à 25 % d’un projet. Le chantier pourrait donc être supérieur à 100 millions.

L’entreprise qualifie de « grand pas en avant » le soutien financier obtenu auprès du gouvernement Legault. Certaines questions, comme l’échéancier du projet ainsi que le nombre d’emplois créés, demeurent sans réponse pour l’instant. On ignore également les paramètres (seuil d’emplois, taille des investissements, etc.) à respecter par Pharmascience afin de ne pas avoir à rembourser le prêt dans son intégralité.

Réduire une dépendance

Pharmascience prévoit ajouter 26 000 pi2 (2415 m2) à la superficie de son site de Candiac. On installera également de « nouveaux équipements plus efficaces ». L’endroit se spécialise notamment dans la fabrication de médicaments injectables qui sont approuvés par Santé Canada, l’agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) et l’Agence européenne des médicaments.

Cette pharmaceutique québécoise se spécialise dans le créneau des médicaments génériques – moins chers puisqu’ils sont copiés sur les médicaments d’origine quand leur exclusivité arrive à échéance. Citant un sondage de la firme EY, l’entreprise affirme que 12 % de la consommation locale de médicaments génériques est produite au pays.

« Le projet constituera un grand pas en avant pour rétablir la perte de capacité de production nationale du Canada au cours des 20 dernières années », estime la société.

Son siège social se trouve à Montréal, où s’effectue la production de comprimés, tandis que Dorval abrite le centre de distribution.

Accélérer le rattrapage

Ce projet d’agrandissement à Candiac ne figurait pas sur le radar d’organisations comme Montréal InVivo et BioQuébec, qui représentent les intérêts de l’industrie des biotechnologies et des sciences de la vie. Sans surprise, la nouvelle a été accueillie favorablement chez BioQuébec. Sa directrice générale, Emmanuelle Toussaint, se réjouit de l’augmentation de la capacité de production.

Des investissements de la sorte permettent de réduire la dépendance aux autres pays dans la chaîne d’approvisionnement, mais aussi de développer l’expertise locale. C’est une expertise [la production] qui a été perdue dans les dernières années. On pourra la ramener.

-Emmanuelle Toussaint, directrice générale chez BioQuébec

La Ville de Candiac étudie toujours la demande de Pharmascience visant à obtenir le permis en ce qui a trait aux travaux d’agrandissement. La pharmaceutique n’a pas sollicité le soutien financier de la municipalité, affirme Jacinthe Lauzon, directrice du service des communications et relations avec le citoyen à Candiac.

En ce qui a trait au gouvernement fédéral, l’entreprise avance que les pourparlers vont bon train. Selon une source gouvernementale qui n’est pas autorisée à s’exprimer publiquement, les échanges sont « préliminaires » pour l’instant.

C’est la deuxième fois en deux mois qu’une société pharmaceutique reçoit 25 millions de la part du gouvernement Legault. En juillet, Québec avait officialisé l’attribution d’une subvention de 16,6 millions et un prêt-subvention de 8,4 millions à Moderna pour son usine de fabrication de vaccins qui verra le jour à Laval.

L’aide financière n’avait pas été divulguée en avril lorsque l’arrivée de la pharmaceutique américaine au Québec avait été annoncée en grande pompe par les gouvernements Trudeau et Legault